Dès l'enfance, la question de l’identité se posait déjà. Jeune femme eurasienne, bercée par des cultures différentes, l’artiste grandi avec un sentiment de flottement. Son travail artistique permet à Vanessa Garner d’explorer son métissage et sa féminité pour en faire une véritable force, presque spirituelle. Un univers unique découle de ses œuvres, infusé d’une mythologie personnelle qui lui permet à la fois d'explorer son rapport au monde, et son identité.
Pour l’artiste plasticienne, le questionnement identitaire se définit à travers l’articulation de ses outils plastiques. Variant les techniques et médiums, en passant par la peinture et l'installation, une partie de sa pratique porte sur la création de mythes par les métissages de cultures.
Comme soudainement attirée par les fleurs et la végétation, elle explore les thématiques d’écologie et d’éco-anxiété. Le végétal et le métissage deviennent ses médiums de prédilection. Débute alors un long travail d’expérimentation par la peinture de poudres végétaux aux extrait de rose de damas et des sculptures de fuseaux de lavandes.
L'artiste puise son inspiration dans le monde sensible. Le sens du toucher et le sens olfactif sont des éléments importants dans sa mythologie personnelle. Comme le rappellent ses Fuseaux-mêlées, tressages composés de fleurs de lavandins cueillies dans le jardin de son père en Provence, et de tissus colorés de Thaïlande, pays d’origine de sa mère. Par l’odeur, l’œuvre prend possession de nous et nous plonge dans un environnement particulier, un paysage, une histoire.
Nous sommes entre les mains d'hommes que le pouvoir et la richesse ont séparés non seulement de la réalité quotidienne, mais aussi de l'imagination. Nous avons bien raison d'avoir peur.
Benedikte Zitouni conférence « Habiter, rêver lutter dans un monde en crise »
La scission opérée par les occidentaux depuis l’Antiquité entre nature et culture nous a menés vers une invisibilisation de certains mondes, y compris du monde végétal. Avec les changements qui s’opèrent autour de nous, l'artiste fait partie de ces créatrices qui, en mettant en scène leur rapport à l’environnement et à l’identité, grâce aux matières et aux formes, cherchent à engager une reconnexion au monde, à la mémoire et à l’imagination. Dès lors, sa pratique artistique ne se développe pas à travers la maîtrise des éléments, mais plutôt par leur exploration, la compréhension de leur nature, de leur rôle, de leur symbolique et de leurs origines .
Texte : Victoria Ferracioli
Keywords: Contemporary art, exoticism, exotic clichés, archive, mixing,
hybridization, creation, myth, resilience, nature, plants, global warming...
Mots-clés : Art contemporain, exotisme, clichés exotiques, archive, métissage,
hybridation, création, mythe, résilience, nature, végétaux, réchauffement climatique…
PEINTURE
Ta silhouette semble en mouvement, et ton esprit également.
Sous tes apparences sages dans ta fureur de trouver ton tissage, on dirait que tu es dans un processus de création. Une identité se crée. On pense être divisé en branches, alors une identité s’est créée dans ce tissage des gênes. Il est plausible qu’une troisième identité t’a formé. Prends le temps de connaître qui tu es, métis.
Derrière ces nombreux symboles dorés recouvrant ce voile de couleur se cache un personnage, qui peut être moi-même ou un autre être métis.
Sur ce tissu de voile ou textile rouge orné d’empreinte dorée protégeant ton tissu de chair s’incruste une abstraction de signes qui peut être une représentation de fleur, ou de symbole selon les traditions d’où sont bercées tes origines.
Ses symboles en or qui n’ont pas encore défini une forme, ou un message, probablement en cours de transformation jusqu’à qu’il trouve sa propre figure et forme. Son identité.
Ce rouge lumineux et brûlant rappelant un rideau rouge qui cache son artiste, ou derrière cet ornement un morceau de tissus de chair.
Un véritable mystère le métissage métissé. Le monde a changé à tambour battant. Puissions-nous dire
inquiétants ? Pour certains oui et d’autres non.
Recherche création.
Texte du mémoire de recherche
« RÉSILIENCE, à travers l’exotisme et le métissage », 2019
Durant ma formation d’artiste-chercheuse à l’université, j’étais centré au début essentiellement sur le métissage. Et c’est par la collecte de diverses reproductions de clichés exotiques que je réalise la construction d’un cabinet de curiosités imaginaire si je puis dire. Lorsque la photographie des clichés exotiques a croisé mon chemin et par la suite a modifié mes objectifs, j’ai pris la décision de consacrer mon travail aux notions de l’exotisme et du métissage. Bien que mes idées fussent brouillées au début, j’ai constaté que ces deux thèmes qui m’ont grandement influencée dans la progression de mes travaux d’artiste-chercheur, ont un lien : la résilience.
Bien que l’exotisme puisse renvoyer à un changement de comportement et d’attitude, la transformation de l’exotisme lui a fait perdre sa candeur par l’exploitation, la colonisation, la consommation, et l’appropriation. Le goût de l’exotisme charmera les amateurs et les futurs collectionneurs. Posséder quelque chose d’exotique est comme une rencontre avec un détail qui nous est inconnu. Il se ré-invente toujours, et entre autre, oublie sa véritable racine et se meurt en modifiant son origine première pour laisser place au « cliché » exotique, dans le stéréotype de l’invention de l’« Autre », principalement le corps féminin ramené au fantasme exotique dans la chimère des hommes occidentaux. Dans la technique matérielle de l'invention de la photo, nous passons de la peinture exotique, de l’orientalisme à la photographie dite exotique. Quand nous sommes influencés par une culture étrangère et que nous nous l’approprions c’est comme s’emparer à une beauté étrangère, c’est une découverte, voire même une redécouverte vu que l’exotisme d’aujourd’hui est de reconnaître ce que nous connaissons. Cette « autre » beauté que nous découvrons, et que nous utilisons est pour rendre encore plus belles nos vies quotidiennes. Cet éclaircissement de la notion de l’exotisme à travers la mémoire historique et la photographie, m’a donné cette volonté de faire resurgir ces photographies d’archives en proposant une lecture neuve et de centraliser ces identités perdues.
Ma recherche-création ne ré-écrit pas l’histoire, ne fait pas l’objet d’un travail d’un historien. Le rapport de l’histoire dans ma pratique m’intéresse en tant qu’artiste chercheur, car il y a une intervention dans l’histoire et dans le champs de l’art contemporain c’est également pour moi de proposer un nouveau rapport de confrontation avec la réalité pour le public. L’archive est une notion de témoignage qui a une fonction active et significative de l’histoire et en tant qu’artiste chercheur, ma réflexion est n’est pas uniquement sensibiliser mais d’ouvrir la curiosité au spectateur, refaire surface sur les réalités du contexte du passé et l’existence des personnes portualisées.
La mise en relation avec le monde pour le métissage offre un processus de mélange culturel dans l’imagination et la création car tout comme l’exotisme, le métissage se réinvente et se renouvelle sans cesse. S’interroger sur ses diverses origines, à travers l’art, c’est explorer de nouvelles possibilités de créer dans sa pratique plastique et l’invention d’un monde personnel pouvant aller à une mythologie personnelle, puis esthétique. L’influence de l’hybridation et du métissage m’intéresse au sens le plus large du terme, bien que ma recherche-création soit basée plus principalement sur la mixité de mes deux origines. Je m’inspire beaucoup des œuvres contemporaines souvent d’artistes métissés, pour m’imprégner que l’hybridation peut être l’élaboration de nouvelles réflexions dans l’histoire, la politique, et l’espace intime auto-fiction des artistes.
Par les voyages, les livres, les expositions, l’exotisme ou le métissage au fil du temps vont se rattacher à la mode, à la décoration, jusqu’à même influencer le kitsch. Dans les boutiques, les marques de luxe, les antiquaires, tout ce qui lie la société de la consommation en réalité. La présence de ces notions dans nos quotidiens est partout, elles ont envahi la vie des Occidentaux pour ajouter une touche d’ornement insolite ou original. Un exemple basique qu’on voit de plus en plus dans les accessoires de mode féminins qui s’hybride aux objets de la vie courante : le motif léopard ajoute vraisemblablement une touche excentrique. Mais ce motif appartenant à l’origine à la fourrure de l’animal est devenu un « modèle » qui a évolué avec le temps comme un objet de commerce, donc une banalité. L’exotisme et le métissage peuvent être des postulats positifs qui amènent à un renouvellement, une originalité en combinant divers éléments, et de plus peuvent engendrer une évolution dans la construction d’un imaginaire, et peuvent tout aussi bien être un postulat négatif qui détruit, déstructure l’origine d’une civilisation, d’individus, et de tradition qui s’efface par l’acte possession et dispersion.
L’identité sur le métissage est pour moi un procédé à la création d’un mythe ou récit personnel, et de dialoguer sur mes diverses origines par l’utilisation des textiles venus de plusieurs continents. Et ces matières me permettent de plus de retisser avec mes nombreuses origines pour en former une identité comme avec Il s’appelait Sawat. Le recours au tissage permet de révéler une délicatesse, une vulnérabilité ainsi qu’une incertitude. Le recours au nouage intensifie les croisements de mes origines et démontrer que l’association de différents éléments est possible permettant de retisser mon identité, et même de construire mon récit personnel ou bien même un cabinet de curiosités.
Dans ma pratique artistique et la rédaction de mon mémoire « Résilience. À travers l’exotisme et le métissage » malgré les évènements du passé, ressort dans ces deux notions chargées de mémoire : rien ne s’oublie, rien ne doit être oublié, tout est « trace » et tout doit oser d’être figuré pour l’histoire et la mémoire des ancêtres méritant dans le respect d’être évoqués à travers un récit réel ou imaginaire.
La résilience a la capacité de rebondir sur les blessures en disséquant les divers traumatismes pour une meilleurs reconstruction de soi. Ma mise en dialogue des notions de l’exotisme et du métissage est de remettre en cause et re-contextualiser ce qui les ont dominés, pour ensuite utiliser l’art qui me permet d’exposer une réalité historique ou personnelle et d’être dans une pratique, un acte, relationnel. L’intuition est à la base de mes créations. D’un côté le processus d’une collecte d’objets provenant de mes origines métissées m’influence en me permettant de créer mon cabinet de curiosité et mon paysage intérieur. De l’autre, une collecte intuitive de photographies d’archives m’a accompagné dans mes recherches-créations.
Mon ambition, pour mes travaux plastiques est de continuer la technique du tissage et du nouage qui pourront certainement déboucher sur une forme aboutie. Également refaire l’oeuvre Il s’appelait Sawat. Ainsi achever la quête de ma mythologie personnelle qui n’est pas encore accomplie. Et pour finir je souhaite continuer mes travaux sur les clichés exotiques, les réaliser dans des dimensions plus importantes pour exposer à un futur public mon intérêt de faire renaitre ces photographies exotiques ainsi que d’offrir un regard neuf, sensible et plein d’humanité.
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Née en 1993 / Vit et travaille à Strasbourg.
Artiste plasticienne, diplômée en Master Arts Plastiques : théorie et pratique à la Faculté des Arts Visuels de Strasbourg + Mastère professionnel de marché de l'art contemporain à IESA art & cultures Paris.
Une partie de sa pratique artistique porte sur l’archive photographique au travers les clichés dits « exotiques », ainsi que la création de mythes par les métissages de cultures, notamment vis-à-vis des questionnements identitaires que l'artiste s'interroge à travers l’articulation de ses outils plastiques. Depuis l'enfance la question de l’identité se posait déjà, elle ne la touche pas seulement en tant que simple métissée, mais bien en tant que jeune femme eurasienne et par l’influence de ses origines asiatique. Très jeune les histoires mythologies et les artistes possédant une mythologie personnel l'ont captivé au point de créer un univers personnel tout en étant plongé dans un sentiment de flottement.
Vers 2020-2021, des thématiques actuelles l'ont sensiblement intéressé comme la végétation et le réchauffement climatique. Elle n’avait pas d’autres manières d’exprimer son inquiétude de notre environnement que par la représentation de nos actuelles et futurs nuages « pollués ». Elle débute son travail autour de la végétation par la peinture de poudres végétaux aux extrait de plantes, ainsi que la sculpture par son attirance aux fleurs et à la végétation qui l’entoure qui sont devenue un besoin dans son environnement.
Mots-clés : Art contemporain, exotisme, clichés exotiques, archive, métissage, hybridation, création, mythe, résilience, nature, végétaux, réchauffement climatique..
"Fuseaux-mêlés", 2019-2022 (petit et grand)
Mes fuseaux de lavandes sont un tissage entre la lavande de Provence provenant du jardin de mon père en Provence et le tissu de Thaïlande provenant du pays de ma mère. Deux objets provenant de mes origines s’hybrident et deviennent des objets personnels et un nouvel imaginaire se construit. En compressant le fuseau entre nos doigts, le parfum de la lavande se dégage de l’objet : objet olfactif. La lavande est une plante qui possède une histoire et est utilisées depuis des décennies par nos ancêtres grâce à ses nombreuses vertus magique, médicinale, décoratif.
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Le fuseau de lavande est une fabrication artisanale française d’origine du sud de la France, en Provence, depuis le XVIIIeme siècle. L’utilisation des fuseaux sert à protéger les linges de maison dans les placards pour éviter des mites, puis de parfumer. La fabrication se fait quand les lavandes sont encore fraîches pendant la période de la fleuraison, permettant de conserver l’odorat des fleurs sur le textile.
Dans la symbolique, la lavande représente la pureté, la protection, l'harmonie et la sérénité. L'origine du mot lavande provient du mot latin « lavare » qui a pour signification laver. Et effectivement cette plante lave toutes les impuretés qui peuvent s'être glissées dans nos microcosme. (source : https://www.luminessens.org/post/2016/12/02/la-lavande).